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Short deck (6+ Hold’em) : le poker à 36 cartes

On retire les 2, 3, 4 et 5, la couleur passe devant le full et l’as ferme la quinte A-6-7-8-9 : les règles du short deck, chiffres à l’appui.

Short deck (6+ Hold’em) : le poker à 36 cartes

Le short deck, ou 6+ Hold’em, se joue comme le Texas Hold’em mais avec un paquet de 36 cartes : on retire tous les 2, 3, 4 et 5. Deux règles changent le classement des mains : la couleur bat le full, parce qu’elle devient plus rare, et l’as peut servir de carte basse pour former la plus petite quinte, A-6-7-8-9. Une troisième question divise les salles : sous les règles Triton, la quinte bat le brelan ; dans d’autres versions, le brelan bat la quinte. La plupart des parties se jouent avec des antes seulement, sans blindes classiques.

36 cartes : ce qui sort du paquet et ce que ça change

Avec quatre rangs en moins, chaque rang restant pèse plus lourd. Les paires se touchent plus souvent, les quintes aussi, alors que les couleurs se raréfient : il ne reste que neuf cartes par couleur. Voici les fréquences exactes que j’ai calculées sur les 376 992 mains possibles de cinq cartes et sur les 8 347 680 combinaisons de sept cartes, celles d’un joueur à la river.

Main Sur 5 cartes Meilleure main sur 7 cartes
Quinte flush 0,006 % 0,13 %
Carré 0,08 % 0,53 %
Couleur 0,13 % 2,10 %
Full 0,46 % 7,58 %
Quinte 1,62 % 14,02 %
Brelan 4,28 % 7,27 %
Deux paires 9,63 % 37,82 %
Paire 51,34 % 27,75 %
Carte haute 32,47 % 2,79 %

La colonne de sept cartes suit l’ordre Triton, quinte au-dessus du brelan. Avec l’ordre inverse, le brelan passe à 7,64 % et la quinte à 13,65 %, parce que certaines mains contiennent les deux. La couleur est environ trois fois et demie plus rare que le full, sur cinq comme sur sept cartes : la promouvoir au-dessus du full va de soi. Le cas brelan contre quinte est moins net, et c’est là que les règles divergent. Pour comparer avec le jeu à 52 cartes, voyez l’ordre des mains au poker classique.

Brelan ou quinte : deux règles en circulation

Sur cinq cartes, la quinte (1,62 %) est plus rare que le brelan (4,28 %). Sur sept cartes, c’est l’inverse : un joueur finit avec une quinte environ deux fois plus souvent qu’avec un brelan. Selon le nombre de cartes qu’on prend comme référence, chaque ordre se défend.

  • Règles Triton : couleur au-dessus du full, mais quinte au-dessus du brelan, comme au Hold’em. C’est la version des tournois de très haut niveau et de nombreuses parties en Asie.
  • Règles 6+ « historiques » : couleur au-dessus du full et brelan au-dessus de la quinte. C’est le classement d’origine, qu’on retrouve encore dans certaines salles en ligne.

Le désaccord a fait du bruit : en janvier 2019, avant la première épreuve de short deck aux WSOP, Ben Lamb a publiquement réclamé que les World Series adoptent les règles Triton plutôt que le brelan au-dessus de la quinte. Je préfère la règle Triton : elle ne change qu’une ligne du classement par rapport au Hold’em, et on se trompe moins à l’abattage. Avant de vous asseoir, demandez quelle règle s’applique. C’est le genre de détail qui fait basculer un pot.

Antes, bouton et déroulé d’une main

Pour le reste, la mécanique est celle des règles du Texas Hold’em : deux cartes privées, flop, turn, river, quatre tours d’enchères, meilleure main de cinq cartes. La différence tient à la mise de départ. Dans la version ante-only, chaque joueur paie une ante et le joueur au bouton en paie deux. L’action préflop commence à gauche du bouton. Pour entrer dans le coup sans relancer, on ajoute une ante.

À six joueurs avec une ante de 1, le pot contient 7 avant la première carte : cinq antes plus la double ante du bouton. Dans un Hold’em en blindes 0,50/1, il ne contient que 1,50. Le pot de départ est donc beaucoup plus gros par rapport aux mises, ce qui pousse à jouer plus de mains. Certaines salles utilisent pourtant des blindes classiques au short deck : la structure varie autant que le classement. Le bouton, qui parle en dernier après le flop, garde le même avantage qu’au Hold’em, développé dans la page sur la position au poker.

Paires servies, tirages et as : les probabilités qui bougent

Avec 630 mains de départ possibles au lieu de 1 326, tout se resserre. Une paire servie arrive dans 8,57 % des cas contre 5,88 % au Hold’em. Une paire d’as, 0,95 % du temps contre 0,45 %. Les tirages, eux, ne bougent pas tous dans le même sens.

  • Tirage quinte par les deux bouts après le flop, par exemple 9-10 sur 7-8-roi : 8 outs sur 31 cartes inconnues, soit 45,6 % de toucher d’ici la river, contre 31,5 % au Hold’em.
  • Tirage couleur après le flop : 5 outs seulement, puisqu’il ne reste que neuf cartes par couleur, soit 30,1 % d’ici la river, contre 35,0 % au Hold’em avec 9 outs.

Le tirage quinte vaut donc nettement plus, et le tirage couleur un peu moins, alors que la couleur faite vaut davantage. Je déconseille de surpayer les tirages couleur sous prétexte que la main finale bat le full : ils rentrent moins souvent. Le calcul se fait avec la même méthode que celle des cotes du pot et des outs, en remplaçant 47 et 46 cartes inconnues par 31 et 30. Sur la valeur exacte des mains de départ, en revanche, je n’ai pas d’argument décisif : les tableaux de mains de départ du Hold’em ne se transposent pas, et les repères du short deck restent moins établis.

De Manille aux WSOP : d’où vient le short deck

Le short deck descend du Manila, un jeu à paquet réduit joué notamment en Australie. Il s’est installé dans les parties privées à grosses mises de Macao et de Hong Kong, et une vidéo de Phil Ivey et Tom Dwan l’a fait connaître en 2015. Le circuit Triton en a fait un format de tournoi : en mai 2018, au Monténégro, la première épreuve live de short deck en antes seules, à 250 000 dollars de Hong Kong, a réuni 61 entrées, et Phil Ivey l’a gagnée face à Dan Cates pour 604 977 dollars. Les WSOP ont suivi en 2019 avec une épreuve à 10 000 dollars, remportée par Alex Epstein pour 296 277 dollars. La place du short deck parmi les autres jeux est détaillée dans la page sur les variantes de poker les plus jouées.

Short deck : les règles qui surprennent

Pourquoi la couleur bat le full au short deck ?

Parce qu’elle devient plus rare. Il ne reste que neuf cartes par couleur dans un paquet de 36 : sur cinq cartes, une couleur sort environ 0,13 % du temps, contre 0,46 % pour un full. Le classement suit la rareté.

Combien de cartes y a-t-il au short deck poker ?

Trente-six : les cartes du 6 à l’as dans les quatre couleurs. Les 2, 3, 4 et 5 sont retirés du paquet. On distribue deux cartes privées par joueur, comme au Hold’em.

Le brelan bat-il la quinte au short deck ?

Ça dépend de la salle. Sous les règles Triton, la quinte bat le brelan, comme au Hold’em. Dans la version 6+ d’origine, encore utilisée par certaines salles, le brelan bat la quinte. La couleur bat le full dans les deux cas.

Quelle est la plus petite quinte au short deck ?

A-6-7-8-9 : l’as remplace le 5 absent et joue le rôle de carte basse. La plus haute reste 10-valet-dame-roi-as.

Hugo

Auteur du site : des centaines de soirées en home game et des milliers de mains jouées en jetons fictifs, sans jamais avoir misé un euro. Les avis sont les miens ; les probabilités sont calculées, les règles suivent les usages de la TDA, et les faits historiques sont sourcés.

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