Les blindes sont deux mises forcées posées avant la distribution par les deux joueurs assis à gauche du bouton. La petite blinde vaut en général la moitié de la grosse blinde, et la grosse blinde fixe la mise minimale de la partie. Elles tournent d’une place à chaque main, si bien que chaque joueur les paie une fois par tour de table. Leur rôle : mettre de l’argent au milieu avant que quiconque ait vu ses cartes, pour qu’il y ait toujours quelque chose à gagner.
Qui paie quoi, et pourquoi
Dans une partie « 1/2 », la petite blinde pose 1 et la grosse blinde 2. Le rapport de un à deux est le plus courant, mais pas universel : certaines parties de cash game se jouent en 1/3 ou en 2/5. La grosse blinde sert d’étalon : on mesure les tapis, les relances et les gains en nombre de grosses blindes.
Sur un tour complet, chaque joueur paie une petite et une grosse blinde, soit 1,5 grosse blinde. À neuf joueurs, cela représente un coût moyen de 0,17 grosse blinde par main jouée ou non. Ce prélèvement explique pourquoi attendre indéfiniment une paire d’as fait perdre : les blindes rongent le tapis pendant l’attente.
La grosse blinde a un privilège : l’option. Si tous les joueurs se contentent de payer sa mise (on dit qu’ils « limpent »), elle peut encore relancer au lieu de passer. Elle est la dernière à parler avant le flop.
L’ordre de parole autour des blindes
Avant le flop, les blindes parlent en dernier puisque leur mise est déjà posée ; le déroulé complet d’un coup est décrit dans les règles du Texas Hold’em. Après le flop, elles parlent en premier, et ce désavantage dure trois tours d’enchères. C’est pourquoi on perd en moyenne de l’argent depuis les blindes, même en jouant bien. Voici l’ordre à six joueurs :
| Place | Mise forcée | Ordre de parole préflop | Ordre de parole après le flop |
|---|---|---|---|
| UTG (under the gun) | Aucune | 1er | 3e |
| Hijack | Aucune | 2e | 4e |
| Cutoff | Aucune | 3e | 5e |
| Bouton | Aucune | 4e | 6e |
| Petite blinde | 0,5 grosse blinde | 5e | 1er |
| Grosse blinde | 1 grosse blinde | 6e | 2e |
En tête-à-tête, la règle change. Selon la TDA (Tournament Directors Association), la petite blinde est le bouton : elle parle en premier avant le flop et en dernier ensuite. L’autre joueur paie la grosse blinde. L’effet de ces places sur la stratégie est développé dans l’article sur la position au poker.
Dead button : quand un joueur saute
Quand un joueur est éliminé ou quitte la table, la rotation se dérègle. Deux méthodes existent. Le « moving button » place toujours le bouton devant un joueur présent, quitte à ce qu’un joueur échappe à une blinde ou en paie deux de suite. Le « dead button », imposé en tournoi par les règles TDA, part d’un principe simple : chaque joueur doit payer la grosse blinde à son tour. La grosse blinde avance donc toujours d’une place, et le bouton comme la petite blinde se placent en conséquence, même sur un siège vide.
| Main précédente | Joueur éliminé | Main suivante en dead button |
|---|---|---|
| Bouton siège 1, PB siège 2, GB siège 3 | Siège 2 (petite blinde) | Bouton sur le siège 2 vide, PB siège 3, GB siège 4 |
| Bouton siège 1, PB siège 2, GB siège 3 | Siège 3 (grosse blinde) | Bouton siège 2, pas de petite blinde, GB siège 4 |
La TDA ajoute que le bouton n’appartient à aucun siège : il peut sauter des places vides pour conserver une progression normale des blindes. Un nouveau joueur, un retardataire ou un joueur venant d’une table cassée reçoit des cartes dès la main suivante, sauf s’il s’assoit entre la petite blinde et le bouton. Esquiver volontairement une blinde est sanctionné.
Mon avis : je préfère le dead button, même dans une partie à la maison. Personne n’échappe à la grosse blinde, et la règle se vérifie d’un coup d’œil. Pour une table de quatre amis en fin de soirée, je reconnais que l’écart avec le moving button est minime ; je n’ai pas d’argument décisif à opposer à ceux qui le jugent plus simple. Le reste des règles maison se décide dans l’article sur l’organisation d’une partie entre amis.
Cash game : blindes manquées, nouveaux joueurs et straddle
En cash game, on peut quitter la table et revenir. Les clubs appliquent alors des usages qui varient d’une salle à l’autre, mais dont le principe est stable :
- Nouveau joueur : il pose une grosse blinde pour recevoir des cartes tout de suite, ou attend que la grosse blinde arrive à sa place.
- Blindes manquées : au retour, on paie les deux. La grosse blinde est « vivante » et compte comme une mise ; la petite blinde est « morte » et part au pot sans compter.
- Straddle : là où il est autorisé, le joueur UTG pose volontairement le double de la grosse blinde avant la donne. Il achète ainsi le droit de parler en dernier au préflop.
Le vocabulaire de ces usages (limp, straddle, option) est repris dans le lexique du poker. Je déconseille le straddle systématique : on paie deux grosses blindes à l’aveugle depuis la pire place de la table, en échange d’une action qui arrive en dernier un seul tour sur quatre.
En tournoi, les blindes montent
En tournoi, les blindes augmentent à intervalles fixes : c’est la structure. Elle oblige les joueurs à prendre des risques et garantit que le tournoi se termine. Voici le début d’une structure type de tournoi entre amis, avec un tapis de départ de 10 000 :
| Niveau | Petite blinde | Grosse blinde | Ante | Tapis de départ en grosses blindes |
|---|---|---|---|---|
| 1 | 25 | 50 | — | 200 |
| 2 | 50 | 100 | — | 100 |
| 3 | 75 | 150 | — | 67 |
| 4 | 100 | 200 | 200 | 50 |
| 5 | 150 | 300 | 300 | 33 |
L’ante du tableau est un big blind ante : au lieu que chaque joueur paie une petite ante, le joueur de grosse blinde paie seul l’ante de toute la table, en général égale à la grosse blinde. Le format accélère le jeu et supprime les oublis. La TDA l’intègre dans ses règles, notamment pour départager deux joueurs éliminés sur le même coup.
Pour savoir où l’on en est, on divise son tapis par le coût d’un tour (petite blinde, grosse blinde et antes) : c’est le ratio M popularisé par Dan Harrington. Le choix de la durée des niveaux et la répartition des jetons sont détaillés dans l’article sur le fonctionnement d’un tournoi de poker.
Blindes : les points qui reviennent à table
Quelle est la différence entre la petite et la grosse blinde ?
La petite blinde est posée par le joueur à gauche du bouton et vaut en général la moitié de la grosse. La grosse blinde, posée par le joueur suivant, fixe la mise minimale. La grosse blinde parle en dernier avant le flop, la petite blinde en premier après.
La grosse blinde peut-elle relancer si tout le monde a suivi ?
Oui. C’est l’option : si personne n’a relancé, la grosse blinde peut passer ou relancer. Sa mise forcée compte comme une mise vivante.
Qui paie la petite blinde en tête-à-tête ?
Le joueur au bouton. En heads-up, il pose la petite blinde, parle en premier avant le flop puis en dernier sur les tours suivants. L’autre joueur pose la grosse blinde.
Qu’est-ce qu’un big blind ante ?
Une ante unique payée par le joueur de grosse blinde pour toute la table, au lieu d’une petite ante versée par chacun. Elle vaut le plus souvent le montant de la grosse blinde et s’ajoute au pot avant la donne.
Auteur de Poker Gratuit FR : des centaines de soirées en home game et des milliers de mains jouées en jetons fictifs, sans jamais avoir misé un euro.



