Le poker naît aux États-Unis au début du XIXe siècle, dans la vallée du Mississippi, autour de La Nouvelle-Orléans. Il se joue d’abord à quatre avec 20 cartes, passe au paquet de 52 cartes vers 1830-1845, gagne le tirage (draw) avant 1850, le stud pendant la guerre de Sécession, puis le Texas Hold’em au début du XXe siècle au Texas. Le poker moderne tient en trois dates : 1970 et la première World Series of Poker à Las Vegas, 1999 et la caméra qui montre les cartes cachées à la télévision, 2003 et la victoire d’un comptable amateur qualifié en ligne.
Poque, brag, as nas : des ancêtres plus ou moins crédibles
Le nom vient presque sûrement du poque, un jeu français attesté sous ce nom dès la fin du XVIe siècle, lui-même cousin de l’allemand Pochen (« cogner », le geste de frapper la table pour annoncer). La Louisiane, colonie française vendue aux États-Unis en 1803, gardait une forte population francophone : le jeu et le mot circulaient sur place. Le brag anglais, descendant du brelan, apporte l’autre ingrédient décisif, le bluff.
Reste l’as nas, un jeu persan que l’édition 1937 du Hoyle de Foster présentait comme l’ancêtre « indiscutable » du poker. Je n’y crois pas : les premières descriptions de l’as nas datent des années 1890, soit soixante ans après les premières parties de poker documentées. Entre le poque et le brag, en revanche, je n’ai pas d’argument décisif pour désigner un parent principal.
1829-1850 : le jeu à vingt cartes des vapeurs du Mississippi
Les premiers témoignages décrivent un jeu très simple. Joseph Cowell, acteur anglais en tournée, raconte dans ses mémoires (1844) une partie jouée en 1829 dans la région de La Nouvelle-Orléans : 20 cartes (as, rois, dames, valets et dix), cinq par joueur, quatre joueurs, aucun échange. On mise sur des paires, des brelans, des carrés.
Jonathan H. Green, joueur professionnel repenti, publie en 1843 An Exposure of the Arts and Miseries of Gambling. Il y évoque des parties à vingt cartes vues dès 1833-1834 sur les bateaux à vapeur du Mississippi, et qualifie le poker de « cheating game », le jeu de tricheurs. Le portrait est juste : vingt cartes et des inconnus de passage, le terrain idéal des tricheurs.
Le paquet de 52 cartes s’impose entre 1830 et 1845. Il s’accompagne de l’apparition de la couleur (flush) et ouvre la table à davantage de joueurs. Le tirage, qui permet d’échanger des cartes, apparaît imprimé pour la première fois en 1850. Le poker devient un jeu de décision, plus seulement de mise.
Guerre de Sécession, stud et quinte : le jeu prend sa forme
La guerre de Sécession (1861-1865) répand le poker dans les camps des deux armées. Le American Hoyle de 1864 mentionne pour la première fois le stud, avec une carte cachée et des cartes visibles distribuées une à une, et intègre la quinte dans la hiérarchie des mains. Les cartes « sauvages », qui valent n’importe quelle carte, arrivent vers 1875. Les jeux à cartes communes, ancêtres du Hold’em, entrent dans le Hoyle en 1926.
| Date | Étape |
|---|---|
| 1829 | Partie à 20 cartes décrite par Joseph Cowell |
| 1830-1845 | Passage au paquet de 52 cartes, apparition de la couleur |
| 1843 | Livre de Jonathan H. Green sur le « cheating game » |
| 1850 | Première mention imprimée du draw poker |
| 1864 | Le stud et la quinte apparaissent dans l’American Hoyle |
| Début du XXe siècle | Le Texas Hold’em à Robstown (Texas) |
| 1970 | Première World Series of Poker au Binion’s Horseshoe |
| 1999 | Caméras sous la table dans Late Night Poker (Channel 4) |
| 2003 | Chris Moneymaker champion du monde, 2,5 millions de dollars |
| 2010 | Loi du 12 mai : ouverture du poker en ligne agréé en France |
Le détail des variantes de cette époque, draw et stud en tête, se retrouve dans les règles des grandes familles de poker et dans le déroulé d’une main de Seven Card Stud.
Texas Hold’em : de Robstown à Las Vegas
La tradition place la première donne à Robstown, au Texas, au début du XXe siècle, ce que le Parlement texan a reconnu par une résolution adoptée en mai 2007. Le jeu arrive à Las Vegas en 1963, quand Corky McCorquodale le propose au California Club. En 1967, des joueurs texans comme Doyle Brunson, Crandell Addington et Thomas « Amarillo Slim » Preston y jouent gros, et le Golden Nugget reste pendant plusieurs années le seul casino de la ville à proposer la variante.
En 1970, Benny Binion réunit sept joueurs au Binion’s Horseshoe : c’est la première World Series of Poker, gagnée par Johnny Moss au terme d’un vote entre participants. Le Main Event adopte ensuite le no-limit Hold’em, qui devient la vitrine du jeu.
Pourquoi le Hold’em a-t-il écrasé le stud ? Mon avis : deux cartes cachées et cinq cartes communes, c’est plus d’information partagée, plus de joueurs par table (neuf ou dix, contre sept ou huit au stud) et une main qu’un spectateur lit en trois secondes. Les règles du Texas Hold’em tiennent sur une page ; c’est sa force.
Caméra, internet, Moneymaker : le poker devient un spectacle
À la télévision, le poker restait illisible : on ne voyait pas les cartes cachées. Henry Orenstein obtient en 1995 un brevet pour une caméra placée sous la table. L’émission britannique Late Night Poker, sur Channel 4, popularise le procédé en 1999, puis le World Poker Tour l’impose aux États-Unis en 2003 sur Travel Channel.
Internet fait le reste. Planet Poker distribue la première main en argent réel en ligne en 1998. En 2003, Chris Moneymaker, comptable de profession, se qualifie via un satellite à 86 dollars sur PokerStars, dispute son premier tournoi live et remporte le Main Event : 839 inscrits, 2,5 millions de dollars, Sam Farha deuxième. L’année suivante, le Main Event compte 2 576 joueurs ; en 2006, 8 773.
Le mouvement subit deux coups d’arrêt aux États-Unis : la loi UIGEA d’octobre 2006 sur les paiements, puis le « Black Friday » du 15 avril 2011, qui ferme les grandes salles en ligne au public américain. En France, la loi du 12 mai 2010 ouvre le poker en ligne aux opérateurs agréés, sous le contrôle de l’ARJEL, devenue l’ANJ en 2020.
On attribue souvent le boom à Moneymaker ; je pense que la caméra sous la table a davantage compté : sans elle, sa victoire n’aurait été qu’une ligne dans les résultats. Les figures de cette période sont présentées dans les joueurs qui ont marqué le poker, et le cinéma avait mis le jeu en scène bien avant 2003, comme le montrent quelques films de poker. Pour le vocabulaire hérité de deux siècles de parties, le lexique du poker fait le tri.
Origines du poker : les points qui font débat
Qui a inventé le poker ?
Personne en particulier. Le jeu s’est formé dans la vallée du Mississippi au début du XIXe siècle, à partir de jeux européens comme le poque français et le brag anglais. Les premiers témoignages écrits, ceux de Joseph Cowell et de Jonathan H. Green, décrivent des parties des années 1829-1834.
Quel est le pays d’origine du poker ?
Les États-Unis, plus précisément la Louisiane et la vallée du Mississippi. L’influence française y est nette : la région, ancienne colonie française, est restée largement francophone après 1803, et le mot « poker » dérive très probablement de « poque ».
D’où vient le Texas Hold’em ?
Du Texas, au début du XXe siècle. La tradition situe la première donne à Robstown, ce que le Parlement texan a reconnu en 2007. Le jeu arrive à Las Vegas en 1963 et devient la variante du Main Event des WSOP.
Pourquoi le poker est-il devenu populaire dans les années 2000 ?
Trois facteurs se sont cumulés : la caméra sous la table, qui montre les cartes cachées aux téléspectateurs, les salles en ligne, et la victoire de Chris Moneymaker en 2003 après une qualification à 86 dollars. Le Main Event est passé de 839 inscrits en 2003 à 8 773 en 2006.
Auteur de Poker Gratuit FR : des centaines de soirées en home game et des milliers de mains jouées en jetons fictifs, sans jamais avoir misé un euro.



