Un tournoi de poker fonctionne ainsi : chaque joueur paie le même droit d’entrée et reçoit le même stack de jetons, les blindes augmentent à intervalles fixes, et les joueurs sont éliminés jusqu’à ce qu’il n’en reste qu’un. Les gains sont répartis entre les derniers survivants, en général 10 à 15 % des inscrits, avec une part croissante pour les mieux classés. Les jetons n’ont aucune valeur en argent : seule la place finale compte.
Stack de départ, niveaux et big blind ante
Le stack de départ se mesure en grosses blindes. Un tournoi de club démarre souvent autour de 100 grosses blindes. Plus le stack est profond et les niveaux longs, plus le tournoi laisse de place au jeu ; plus le stack est court et les niveaux rapides, plus la fin ressemble à une succession de tapis.
La durée des niveaux varie énormément : quelques minutes pour un tournoi en ligne rapide, 20 à 40 minutes dans un club, 2 heures au Main Event des WSOP. Le document qui rassemble ces paramètres s’appelle la structure ; elle est affichée avant le début du tournoi. Voici un exemple typique de début de structure, pour un stack de 20 000 et des niveaux de 30 minutes.
| Niveau | Blindes | Big blind ante | Stack de départ en grosses blindes |
|---|---|---|---|
| 1 | 100/200 | 200 | 100 |
| 2 | 200/300 | 300 | 67 |
| 3 | 200/400 | 400 | 50 |
| 4 | 300/600 | 600 | 33 |
| 5 | 400/800 | 800 | 25 |
| 6 | 500/1 000 | 1 000 | 20 |
| 7 | 600/1 200 | 1 200 | 17 |
| 8 | 800/1 600 | 1 600 | 13 |
La dernière colonne montre pourquoi il faut gagner des jetons : un tapis resté à 20 000 ne pèse plus qu’environ 13 grosses blindes au niveau 8, après 3 h 30 de jeu, et encore sans compter les blindes et antes payées en route. Les blindes au poker sont le moteur du tournoi.
L’ante est une petite mise obligatoire qui s’ajoute aux blindes pour grossir le pot. Autrefois payée par chaque joueur à chaque main, elle est aujourd’hui le plus souvent réglée en une fois par le joueur de grosse blinde pour toute la table : c’est le big blind ante, en général égal à la grosse blinde. Le format a l’avantage de supprimer les oublis et les vérifications. Aux WSOP 2019, tous les tournois de No Limit Hold’em l’appliquaient. Si le joueur de grosse blinde n’a pas assez de jetons pour les deux, il paie d’abord la blinde, puis l’ante avec ce qui reste.
Freezeout, re-entry, rebuy : combien de vies vous avez
- Freezeout : une seule entrée. Éliminé, vous quittez le tournoi.
- Re-entry : après élimination, vous pouvez vous réinscrire en payant à nouveau le droit d’entrée, pendant la période d’inscription tardive. Vous repartez avec un stack neuf, souvent à une autre table.
- Rebuy : pendant une période définie, vous pouvez racheter des jetons quand votre tapis descend sous un seuil, sans être éliminé. Il s’accompagne souvent d’un add-on, un achat de jetons supplémentaire proposé à tous à la fin de cette période.
Je préfère le freezeout. Il oblige à jouer chaque main comme si elle comptait, ce qui est le meilleur apprentissage. Le re-entry avantage mécaniquement les joueurs prêts à payer plusieurs entrées. Pour un premier tournoi, le format gratuit reste le plus simple : les freerolls et les tournois de club décrits dans l’article sur le poker gratuit suivent exactement la même mécanique.
La bulle et la structure des paiements
La bulle est le dernier joueur éliminé avant les places payées. À l’approche de ce moment, beaucoup de joueurs se resserrent pour entrer dans l’argent, et les tapis importants en profitent pour relancer davantage. En live, on passe alors au jeu main par main (hand-for-hand) : toutes les tables distribuent une main en même temps, pour qu’aucune ne ralentisse volontairement.
Les tournois paient en général 10 à 15 % du champ. Le Main Event des WSOP 2024 a réuni 10 112 inscrits et payé 1 517 places, soit 15 % : la plus petite place payée valait 15 000 dollars pour un droit d’entrée de 10 000, et le vainqueur a touché 10 millions de dollars. L’histoire de cet événement est racontée dans l’article sur les World Series of Poker. Voici une répartition type pour un tournoi de 100 joueurs à 100 € l’entrée, frais d’organisation à part, soit une dotation de 10 000 €, avec 12 places payées.
| Place | Part de la dotation | Gain |
|---|---|---|
| 1re | 27 % | 2 700 € |
| 2e | 18 % | 1 800 € |
| 3e | 12,5 % | 1 250 € |
| 4e | 9,5 % | 950 € |
| 5e | 7,5 % | 750 € |
| 6e | 6 % | 600 € |
| 7e | 5 % | 500 € |
| 8e | 4,5 % | 450 € |
| 9e | 4 % | 400 € |
| 10e à 12e | 2 % chacun | 200 € chacun |
| Total | 100 % | 10 000 € |
Deux constantes se retrouvent presque partout : la plus petite place payée rapporte entre une fois et demie et deux fois le droit d’entrée, et le vainqueur touche à lui seul plus d’un quart de la dotation, ici plus de treize fois la plus petite place payée. Pour une partie de 8 joueurs à la maison, on paie souvent 2 ou 3 places, par exemple 50, 30 et 20 %.
L’ICM : pourquoi vos jetons ne valent pas leur nombre
L’ICM (Independent Chip Model) convertit un tapis de jetons en part de la dotation. Son idée de base est simple : la probabilité de finir premier est proportionnelle à votre part des jetons, mais doubler votre tapis ne double jamais vos gains, parce que le premier prix est plafonné et que les places suivantes sont déjà en partie acquises.
Exemple : il reste trois joueurs avec 50 000, 30 000 et 20 000 jetons, et 1 000 € à partager en 500, 300 et 200 €. Le calcul ICM donne environ 383,90 € au plus gros tapis, 327,50 € au deuxième et 288,60 € au troisième. Le plus gros tapis possède 50 % des jetons mais seulement 38 % de l’argent restant ; le plus petit tapis possède 20 % des jetons et vaut près de 29 % de la dotation.
La conséquence pratique : près de la bulle et en table finale, perdre des jetons coûte plus cher que n’en rapporte le fait d’en gagner. On paie donc un tapis avec des mains plus fortes qu’en début de tournoi. Je me suis longtemps trompé sur ce point en jouant ces fins de tournoi comme un début de partie. L’ICM a ses limites : il ignore la position, le talent des joueurs et le niveau des blindes. Sur les cas serrés, je n’ai pas d’argument décisif contre un joueur qui choisit de s’en écarter. Les effets de la position et la gestion des jetons, décrite dans la répartition des jetons de poker, pèsent eux aussi sur ces décisions.
Tournoi de poker : bulle, ante et paiements en pratique
Combien de joueurs sont payés dans un tournoi de poker ?
En général 10 à 15 % des inscrits. Le Main Event des WSOP paie 15 % du champ : 1 517 places sur 10 112 joueurs en 2024. Les tournois à une seule table de 9 joueurs paient souvent les trois premiers.
Qu’est-ce que la bulle au poker ?
C’est le joueur éliminé juste avant les places payées, et par extension la période qui précède ce moment. Les joueurs courts y jouent prudemment pour entrer dans l’argent, ce qui laisse de l’espace aux gros tapis.
Qu’est-ce que le big blind ante ?
C’est un ante payé en une fois par le joueur de grosse blinde pour toute la table, au lieu d’un petit ante par joueur. Il est en général égal à la grosse blinde et s’est imposé dans la plupart des tournois de No Limit Hold’em à la fin des années 2010.
Quelle est la différence entre re-entry et rebuy ?
Le re-entry permet de se réinscrire après avoir été éliminé, avec un stack neuf. Le rebuy permet de racheter des jetons sans quitter sa place, pendant une période définie, souvent tant que le tapis est sous le stack de départ.
Auteur de Poker Gratuit FR : des centaines de soirées en home game et des milliers de mains jouées en jetons fictifs, sans jamais avoir misé un euro.

