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Histoire & culture

Films sur le poker : les scènes de table qui tiennent la route

Rounders parle comme un joueur, Casino Royale aligne quatre mains monstres sur le même tableau : les films de poker passés au crible des probabilités.

Films sur le poker : les scènes de table qui tiennent la route

Le film de poker le plus juste à table est Les Joueurs (Rounders, John Dahl, 1998) : le vocabulaire, le cash game et la lecture des adversaires sont crédibles. Le Kid de Cincinnati (Norman Jewison, 1965) reste la référence pour le stud, Le Grand Jeu (Molly’s Game, Aaron Sorkin, 2017) pour les coulisses des parties privées. Casino Royale (Martin Campbell, 2006) et Maverick (Richard Donner, 1994) divertissent, mais leurs mains finales relèvent du conte.

Les Joueurs (1998) : le seul qui parle comme un joueur

Matt Damon joue Mike McDermott, étudiant en droit qui perd sa bankroll contre Teddy « KGB » (John Malkovich), puis retourne à table pour aider son ami Worm (Edward Norton) à rembourser une dette. Le film se déroule dans les clubs de New York et les parties privées, en no-limit Texas Hold’em.

Ce que je retiens : le film montre la discipline plutôt que les coups de génie. Mike se couche, gère son capital, lit un tell de KGB dans sa façon de manger ses biscuits. C’est le genre de détail que l’article sur les tells au poker nuance : un tic n’est fiable que s’il se répète. La finale en tête-à-tête se gagne avec une quinte max contre un adversaire qui sur-joue sa main, et non sur une carte miracle.

Le film cite aussi l’histoire réelle : Johnny Chan y joue son propre rôle, et on revoit la dernière main du Main Event 1988, où Chan piège Erik Seidel avec une quinte floppée. Écrit par David Levien et Brian Koppelman, le film a attiré au poker plusieurs futurs professionnels. Le seul reproche que je lui fais : la voix off explique un peu trop.

Le Kid de Cincinnati (1965) : le stud et une main à 300 milliards contre 1

Steve McQueen y joue Eric Stoner, le « Kid », qui défie le vieux maître Lancey Howard (Edward G. Robinson) dans La Nouvelle-Orléans des années 1930. Sam Peckinpah avait commencé le tournage avant d’être renvoyé, Norman Jewison l’a repris. Le jeu est le stud à cinq cartes : une carte cachée, quatre visibles, un tour d’enchères après chaque carte.

La dernière main oppose un full aux as par les dix (as de cœur caché, deux dix et deux as visibles) à une quinte flush à la dame à carreau, complétée par le valet de carreau caché de Lancey. Dans Big Deal, l’écrivain Anthony Holden estime les chances de voir ces deux mains se rencontrer à « bien plus de 300 milliards contre 1 ». Je ne refais pas le calcul, qui dépend de l’ordre des cartes, mais l’ordre de grandeur est clair : on ne verra jamais ça.

Ce qui tient la route, c’est tout le reste : la tension d’une partie longue, le rôle du donneur, le poids de la réputation. Pour moi, c’est le meilleur film sur l’ambiance d’une table, même si la main finale est impossible.

Casino Royale (2006) : quatre mains monstres sur le même tableau

Le roman d’Ian Fleming faisait jouer Bond au baccara ; le film de Martin Campbell le remplace par du no-limit Hold’em. La dernière main se joue à quatre sur le tableau A♥ 8♠ 6♠ 4♠ A♦ :

  • un joueur avec R♠ D♠ fait une couleur au roi ;
  • un deuxième avec une paire de 8 fait un full aux 8 par les as ;
  • Le Chiffre (Mads Mikkelsen), avec as-6, fait un full aux as par les 6 ;
  • Bond (Daniel Craig), avec 7♠ 5♠, fait une quinte flush du 4 au 8.

Pour un joueur qui va jusqu’à la river, la probabilité de finir avec une quinte flush (royale comprise) est de 0,031 %, environ une main sur 3 200. Une simulation d’un milliard de donnes à quatre joueurs allant tous jusqu’à la river donne la configuration complète du film, une quinte flush, deux fulls et une couleur, environ une fois sur six millions. Sur le plan des enchères, c’est encore moins crédible : personne ne se couche, tout le monde part à tapis. Les valeurs relatives de ces mains sont rappelées dans l’ordre des mains au poker.

Mon avis : la main est invraisemblable, mais bien filmée. Le reste du tournoi, avec les tells feints du Chiffre et les relances de Bond, vaut mieux que son final.

Maverick (1994) et Le Grand Jeu (2017) : le western et la partie clandestine

Maverick, écrit par William Goldman d’après la série télévisée, met Mel Gibson, Jodie Foster et James Garner sur un bateau à aube, dans un grand tournoi de five-card draw. À la dernière main, Maverick tire une carte pour compléter 10♠ V♠ D♠ R♠ et touche l’as de pique, soit la quinte flush royale. Avec 47 cartes inconnues, une seule le lui donne : 1 chance sur 47, 2,1 %. Le 9♠ lui aurait aussi donné une quinte flush, ce qui porte ses chances à 2 sur 47, soit 4,3 %. C’est une comédie, et elle l’assume.

Le Grand Jeu, premier film réalisé par Aaron Sorkin, adapte les mémoires de Molly Bloom publiés en 2014. Jessica Chastain y joue l’organisatrice de parties privées à très gros enjeux à Los Angeles, puis à New York, jusqu’à l’enquête du FBI. Le film parle d’argent, de clients et de règles maison plus que de stratégie, mais ce qu’il montre de la vie d’une table privée sonne juste. Le scénario a été nommé à l’Oscar de la meilleure adaptation.

Film Année Réalisateur Variante Réalisme des mains
Le Kid de Cincinnati 1965 Norman Jewison Stud à cinq cartes Ambiance juste, main finale impossible
Maverick 1994 Richard Donner Five-card draw Comédie, tirage à 2,1 %
Les Joueurs (Rounders) 1998 John Dahl No-limit Hold’em Le plus crédible
Casino Royale 2006 Martin Campbell No-limit Hold’em Final hors de toute vraisemblance
Le Grand Jeu (Molly’s Game) 2017 Aaron Sorkin Parties privées Peu de mains, coulisses justes

Pour qui veut ensuite mettre des noms réels sur ces scènes, les joueurs de poker célèbres et l’histoire du poker prennent le relais. Et si le jargon de Rounders vous a semé, le lexique du poker le traduit.

Le poker au cinéma : ce que l’on cherche à savoir

Quel est le meilleur film sur le poker ?

Les Joueurs (Rounders, 1998) est le choix le plus fréquent chez les joueurs, pour son vocabulaire et ses situations crédibles. Le Kid de Cincinnati (1965) est la référence classique, centrée sur le stud à cinq cartes.

Quelle est la dernière main de Casino Royale ?

Sur un tableau A♥ 8♠ 6♠ 4♠ A♦, quatre joueurs s’affrontent : couleur au roi, full aux 8, full aux as pour Le Chiffre et quinte flush du 4 au 8 pour James Bond avec 7♠ 5♠. Quand quatre joueurs vont jusqu’à la river, une telle configuration survient de l’ordre d’une fois sur six millions de donnes, d’après une simulation sur un milliard de mains.

Le Grand Jeu est-il tiré d’une histoire vraie ?

Oui. Le film adapte les mémoires de Molly Bloom, parus en 2014, qui organisait des parties privées à gros enjeux à Los Angeles et à New York. Le personnage du « Player X » est un composite de plusieurs joueurs réels.

Quel film de poker avec Matt Damon ?

Les Joueurs (Rounders), réalisé par John Dahl en 1998, avec Edward Norton et John Malkovich. Damon y joue Mike McDermott, étudiant en droit et joueur de Texas Hold’em.

Hugo

Auteur du site : des centaines de soirées en home game et des milliers de mains jouées en jetons fictifs, sans jamais avoir misé un euro. Les avis sont les miens ; les probabilités sont calculées, les règles suivent les usages de la TDA, et les faits historiques sont sourcés.

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